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Les Roms ont une histoire et veulent un avenir

Par Véronique Leblanc

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« Rom » en langue romani veut dire « homme accompli ». Un mot choisi par les Roms eux-mêmes lors de leur premier Congrès mondial organisé près de Londres le 8 avril 1971, il y a juste cinquante ans.

Pour marquer cet anniversaire ainsi que la Journée mondiale des Roms célébrée elle aussi le 8 avril, le Conseil de l’Europe organise cette semaine – de mardi à jeudi – trois jours de conférence en ligne où plus de 120 participants débattront en français, anglais et romani. Au cœur de leur thématiques : l’inclusion des jeunes Roms ainsi que l’importance, pour y parvenir, de promouvoir l’enseignement de l’histoire de leur communauté venue d’Inde du Nord au fil des migrations du IXe siècle.

Un holocauste oublié des procès de Nuremberg

Cet enseignement doit être intégré dans les programmes scolaires et les matériels pédagogiques des 47 États membres du Conseil de l’Europe précisait le Comité des ministres des affaires étrangères du Conseil de l’Europe dans une Recommandation adoptée en juillet dernier. Y est soulignée l’importance de l’enseignement de l’Holocauste des Roms et des gens du voyage commis par le régime nazi et ses alliés durant la seconde guerre mondiale, désormais commémoré le 2 août mais longtemps passé sous silence.

« Dans les années 1930 et 1940, les Roms et les Gens du voyage ont été voués à l’extermination. De la Baltique aux Balkans, les forces fascistes les ont exécutés par centaines de milliers. En Allemagne, seuls quelques milliers de Sintés et de Roms ont survécu à l’Holocauste et aux camps de concentration. Pourtant, la question du massacre du peuple rom n’a pas même été soulevée lors des procès de Nuremberg », a ainsi rappelé Marija Pejčinović Burić, Secrétaire générale du Conseil de l’Europe, en annonçant la conférence.

Mais, souligne par ailleurs la Recommandation, il ne faut pas réduire les Roms au statut de victimes. Des récits positifs s’imposent et doivent mettre en valeur leur rôle dans les mouvements de résistance antinazi et antifasciste, leur apport aux techniques de métallurgie, d’artisanat et d’élevage ainsi que la richesse de leur culture, de leur musique et de leurs traditions.

Rappeler tout simplement que les Roms et les gens du voyage font partie des sociétés nationales et européenne pour lutter contre la haine, les préjugés et les discriminations.

Cette prise en compte du passé doit aller de pair avec la nécessité d’affronter les problèmes d’aujourd’hui et « nous voyons qu’il y a encore beaucoup à faire » a souligné Marija Pejčinović Burić en se référant, notamment, au dernier rapport annuel de la Commission contre le racisme du Conseil de l’Europe. Axé sur les discriminations en temps de pandémie, celui-ci montre combien les Roms ont particulièrement souffert de la crise sanitaire. Confinés dans des quartiers surpeuplés où les gestes barrière étaient illusoires, ils ont été coupés des services publics et leurs enfants, privés d’ordinateur et d’Internet, n’ont guère eu accès à l’enseignement à distance.

Une histoire des Roms écrite par les Roms

Des discriminations de plus sur fond de stigmatisation collective, de brimades et d’exclusions contre lesquelles les jeunes Roms de 2021 sont déterminés à agir confie Thorsten Afflerbach, chef de division « Équipe Roms et gens du voyage » au Conseil de l’Europe. « Ils sont en train de préparer une Déclaration qui sera publiée le 8 avril où ils demandent au Conseil de l’Europe et aux États membres de les associer encore plus à la lutte contre les discriminations qui frappent leur communauté ».

Ces jeunes se veulent acteurs de leur avenir et porteurs de l’histoire de leurs ancêtres.

Cette histoire, d’autres Roms travaillent aujourd’hui à l’établir au sein de l’Institut européen pour l’Art et la Culture Rom (ERIAC) inauguré à Berlin en 2017. « L’Institut a été notre partenaire pour la mise en place de la conférence », précise Thorsten Afflerbach. « Les travaux de ses historiens seront à la disposition des Etats membres qui ont cinq ans devant eux avant un premier bilan de mise en œuvre de la Recommandation sur l’enseignement de l’histoire des Roms et des gens du voyage. »

Rendez-vous donc en 2025 pour un premier point d’étape académique.

La Commission contre le racisme du Conseil de l’Europe (ECRI) alerte sur l’augmentation des discriminations en temps de pandémie

Par Véronique Leblanc, journaliste au Conseil de l’Europe et militante de la Licra Bas-Rhin

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La pandémie de Covid-19 est « l’une des rares crises depuis la seconde guerre mondiale, peut-être la seule » à avoir eu un « tel impact » sur les populations concernés par la Commission contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe (ECRI). « De la propagation de théories conspirationnistes antisémites sur l’origine de la maladie et de discours visant les personnes d’origine asiatique lors du déclenchement de la pandémie, au confinement et au ralentissement économique qui s’en sont suivis et qui ont touché le plus durement les groupes les plus marginalisés,  la crise de la Covid-19 s’est traduite par une régression globale des droits humains en Europe ».

Ce constat terrible a été formulé par la présidente de l’ECRI, Maria Daniella Marouda, lors de la présentation du  Rapport annuel 2020 de sa commission publié jeudi dernier, quelques jours avant la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale célébrée le 21 mars.

Roms, migrants et demandeurs d’asile, LGBTI

Cette crise sanitaire a particulièrement touché les populations les plus précaires, signale ce rapport en inscrivant au premier rang de ces groupes les Roms, souvent confinés dans des quartiers surpeuplés où l’accès aux services publics est limité et où le respect des gestes barrière est quasi impossible.  Ils ont d’autant plus été touchés que les mesures d’enseignement à distance ont de facto exclu leurs enfants de l’école et les ont, dans certains pays européens, privés d’une aide sociale conditionnée à la scolarisation des plus jeunes.

La crise sanitaire a également affecté les migrants et demandeurs d’asile souvent exclus de soins de santé pour défaut de numéro de sécurité sociale, privés d’emplois informels en raison du ralentissement économique et particulièrement exposés à la contamination lorsqu’ils étaient – mal – hébergés dans le cadre d’emplois saisonniers.

Les appels aux permanences téléphoniques réservées aux LGBTI ont augmenté et parfois triplé (en particulier pendant les couvre-feux) relève par ailleurs le rapport de  l’ECRI en dénonçant le rejet et la violence des familles LGBTI-phobes.

Les risques de l’Intelligence Artificielle

Parallèlement à l’impact négatif de la pandémie sur la lutte contre le racisme en 2020, le rapport relève d’autres faits marquants  : le mouvement américain Black Lives Matter qui a trouvé un écho en Europe et « montré à quel point le profilage racial et les violences policières à caractère racistes continuaient à viser les groupes vulnérables, renforçant les inquiétudes face à ce qui est de plus qualifié de racisme institutionnel » ; les attentats terroristes commis par des extrémistes, au nom de la religion, en Autriche et en France (attaque d’une basilique à Nice et assassinat atroce de Samuel Paty) qui font craindre une montée du racisme antimusulman ; la permanence d’un antisémitisme attisé par les néo-nazis et les islamistes; la poussée d’une rhétorique homophobe et transphobe assortie, dans un pays comme la Pologne, d’une remise en cause législative des droits des personnes LGBTI.

Autre sujet de préoccupation, le recours à l’Intelligence Artificielle accentué par la lutte contre la pandémie. Cette digitalisation est potentiellement discriminante pour les populations qui n’y ont pas accès et comporte des risques en matière de collecte de données personnelles, souligne Maria Daniella Marouda. Nous continuerons à suivre ses impacts en lien avec le « Comité ad hoc sur l’Intelligence artificielle » mis en place par le Conseil de l’Europe.

« La pandémie de Covid-19 a accentué les discriminations envers ces groupes parce qu’ils étaient au préalable plus vulnérables », a souligné Maria Daniella Marouda. « Lorsqu’une sortie de la crise sanitaire se concrétisera il sera essentiel de ne pas se consacrer uniquement à la reprise économique mais de prendre également en compte les droits de l’homme et la lutte contre les discriminations. »

Véronique Leblanc

Lien vers le rapport : https://bit.ly/30VYc13

La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance est une instance unique de suivi spécialisée dans les questions de lutte contre le racisme, la discrimination (au motif de la « race »; de l’origine ethnique/nationale, de la couleur, de la nationalité, de la religion, de la langue, de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, la xénophobie, l’antisémitisme et l’intolérance en Europe. Elle élabore des rapports et formule des recommandations aux 47 Etats membres du Conseil de l’Europe.

La Licra Bas-Rhin au collège Rouget de Lisle de Schiltigheim (25-29 janvier 2021)

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La LICRA Bas-Rhin est intervenue dans neuf classes de 4ème du collège Rouget de Lisle, situé dans le quartier populaire du Marais à Schiltigheim. Ces interventions s’inscrivaient dans le cadre des Rencontres citoyennes sur la liberté d’expression, organisées par la Maison du jeune citoyen de Schiltigheim (MJCS) en partenariat avec les trois collèges de la ville, l’association Thémis et donc notre association.

La première phase de ces rencontres s’est déroulée lors de cinq matinées consécutives, du lundi 25 janvier au vendredi 29 janvier 2021, sous forme de deux interventions d’une heure par classe. Les classes de 4ème avaient eu l’occasion les jours précédents de voir dans leur établissement l’exposition 13-18 ans «Questions de justice » proposée par l’association Thémis.

La MJCS avait choisi la forme du débat mouvant. Un travail préparatoire mené par l’équipe pédagogique du collège avait permis de formuler six phrases, émanant d’élèves et servant de point d’appui au débat (voir photo de ces phrases). Ces phrases étaient soumises en début de séance aux élèves, qui en choisissaient deux comme support privilégié du débat. Pour chacune d’entre elles, les élèves se déplaçaient physiquement dans la salle en se dirigeant vers l’une des trois positions je suis d’accord /je ne suis pas d’accord/ j’hésite (voir photos de la salle). Les trois sous-groupes ainsi formés étaient conviés à expliquer et à argumenter leur choix ; au fur et à mesure du débat, les élèves avaient la possibilité de changer d’avis et donc de se déplacer d’un sous-groupe à l’autre, en explicitant la raison de leur mouvement.

Le rôle des différents intervenants était spécifié aux élèves : les représentantes de la MJCS assuraient l’animation du débat, les bénévoles de la LICRA Bas-Rhin étaient sollicités pour modérer et argumenter, apportant un certain nombre de données juridiques ou historiques qui éclaircissaient des points précis et parfois relançaient la discussion.

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Ce type d’animation a porté ses fruits, les élèves se sont largement exprimés, les désaccords et les changements d’avis ont trouvé leur place dans une atmosphère d’écoute mutuelle. La question de la liberté d’expression est manifestement importante pour ces adolescents, et la gamme des prises de position très ouverte depuis la défense d’une liberté absolue jusqu’à l’invocation du respect des opinions et des croyances d’autrui. Des personnels enseignants ou éducatifs ont assisté à plusieurs de ces séances et ont témoigné de leur satisfaction devant la qualité du débat et la multiplicité des prises de paroles, y compris de la part d’élèves peu coutumiers du fait.

Ces rencontres se poursuivront dans les semaines à venir au collège Leclerc et au collège Lamartine : nous aurons donc de nouvelles occasions de dialoguer avec les élèves de Schiltigheim ou de Bischheim et de poursuivre notre collaboration  fructueuse avec nos partenaires de la Maison du jeune citoyen de Schiltigheim.

La Licra Bas-Rhin au collège Grégoire de Tours de Marlenheim (15 février 2021)

En partenariat avec Julien Helfer, professeur d’histoire-géographie au collège Grégoire de Tours de Marlenheim et qui mène un projet sur les droits de l’Homme depuis son arrivée dans cet établissement il y a maintenant 3 ans.

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Son projet est multiforme allant de la participation à des concours comme ceux du Mémorial de Caen, à des échanges interdegré (tournée des droits de l’Homme dans les écoles primaires), à la réalisation d’une maquette de la cité idéale des droits de l’Homme, de clips vidéo célébrant les droits humains. Les élèves sont formidablement investis dans ce projet et passent volontiers le flambeau à leurs successeurs.

Nos interventions du 15 février ont consisté à débattre avec les jeunes élèves :

– d’une part autour des problèmes liés au racisme et aux discriminations à l’aide de support vidéo de la Licra.

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– d’autre part autour des droits des femmes et l’égalité femme/homme, atelier animé par Nouria Yahi-Beggio, ancienne déléguée régionale aux droits des femmes et à l’égalité chez Etat/Ministère des solidarités et des cohésions sociales et nouvelle bénévole Licra Bas-Rhin, en préparation à la journée du 8 mars.

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Cette journée sera suivie d’autres actions avec les 4ième et 3ième de ce collège. En particulier, une journée de mémoire le 1er juin 2021 avec Ginette Kolinka. A 94 ans, Ginette Kolinka est une des dernières rescapées d’Auschwitz-Birkenau à pouvoir transmettre aux jeunes générations ses souvenirs des camps de la mort. Ils font l’objet d’un livre paru le 5 mai dernier: «Retour à Birkenau».

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Avec également Stéphanie Trouillard, journaliste et auteure de la bande dessinée « Si je reviens un jour ». C’est l’histoire de Louise Pikovsky, 16 ans, qui pensait que l’avenir lui appartenait. Mais en janvier 1944, elle est déportée et gazée à Auschwitz. En 2010, une correspondance entretenue avec une de ses professeurs est retrouvée au fond d’un placard. Elle est à l’origine de cette bande dessinée…

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Épidémie de COVID-19 : recrudescence des discriminations envers les personnes d’origine asiatique

Dès le mois de janvier 2020, nous avons observé une recrudescence du racisme anti-asiatiques dans le monde entier. La particularité du racisme anti-asiatique est sa banalisation, c’est autour de cette affirmation qu’est concentré le présent article. Les informations jointes y sont essentiellement journalistiques, puisqu’il n’y a pas à l’heure actuelle de données recueillies par les gouvernements.

Pour affirmer une recrudescence du racisme dirigé à l’encontre des populations asiatiques il faut pouvoir le prouver ; c’est la raison pour laquelle nous exposons en premier lieu quelques statistiques sur le sujet. Puis nous nous sommes penchés sur les formes que prend ce racisme :

  • Agressions verbales, physiques – dans la rue, les transports en commun, au travail.

  • Des conséquences en termes d’accès aux soins et aux services – accès restreint aux cabinets médicaux ou aux magasins, ou à la location d’appartement.

  • En matière d’accès à l’éducation.

  • Le racisme se fait également sentir dans la façon de raconter l’histoire, à travers le travail journalistique et la manière dont est traitée l’information.

  • Autre phénomène qui exacerbe ce “sentiment anti-asiatique” découle du traitement politique et de la façon dont certains politiques parlent du virus comme d’un “virus chinois”.

Si en Europe et en Occident nous parlons d’un racisme anti-asiatique, du côté de l’Asie le même constat peut être fait, mais ce ressentiment se dirige essentiellement à l’encontre de la population chinoise. Ces mouvements de haine ont donnés naissance à des outils de lutte sur les réseaux sociaux : témoignages, créations de hashtags ou encore de vidéos de sensibilisation. De leurs côté, les associations commencent à recueillir des données afin d’agir.

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A) Le racisme envers les personnes asiatiques

1. Quelques statistiques

Les études et enquêtes sur le sujet sont rares et limitées. Néanmoins une enquête a été menée au Pays-Bas sur un panel de trois cents personnes ayant des origines chinoises. Cette enquête de EenVandaag Opiniepanel, qui a été publiée en février 20201, montre que près de la moitié des personnes interrogées (49%) indiquent avoir souffert de racisme depuis le début de l’épidémie de COVID-19. Et dans 21% des cas, cela s’est produit chaque semaine, voire chaque jour.

De la même manière, une association d’étudiants et scientifiques chinois de Tübingen a mené une enquête auprès d’étudiants, chinois également2. Selon cette étude plus de la moitié ont été victime de discrimination au cours des derniers mois.

Mais alors, à quel genre de comportements ces populations doivent-elles faire face ? On assiste à des comportements tels que : le fait d’être évité dans la rue, sur les trottoirs, dans les transports publics, dans les magasins, puis les regards inappropriés, les refus de leur présence au restaurant ou encore au travail, etc. Certains de ces comportements, liés à la peur, bien qu’ils ne soient pas tolérables, peuvent aux yeux de certaines personnes interrogées être légitimes. Cependant une gradation entre les différentes manières dont ces comportements s’expriment existe, comme avec toute forme de discrimination.

2. De l’agression verbale…

Lors des deux études précédemment citées, certains participants ont donné des exemples de commentaires qu’ils ont pu recevoir. Pour certains, « les Chinois sont vraiment des hommes sales. Ils mangent de tout », d’autres n’hésitent pas à crier « attention chinois ! », à conseiller aux personnes d’origine asiatique de « porter un masque ». Au sein de son entreprise, le collègue d’un des participants a estimé bien d’affirmer qu’après tout : « vous mangez tout et n’importe quoi aussi, alors voila ce que vous obtenez ». Pour Zuonan Cao de l’Association des étudiants et scientifiques chinois de Tübingen, « le virus corona est une occasion de montrer ouvertement des ressentiments racistes », « dans le passé, ils étaient plutôt subliminaux ».

Autre événement, au Pays-Bas un DJ, Lex Gaarthuis s’est permis de publier une chanson discriminante à l’égard de la population chinoise, affirmant que le coronavirus est la faute de « ces chinois puants ». Il conseille de ne pas « mang[er] chinois, vous n’aurez rien à craindre ». Suite à la vague d’indignation qui a suivi, le DJ a présenté ses excuses et a admis avoir fait une « grosse erreur ». Cette chanson ne fut pas sans conséquences, en effet les paroles furent reprises pour être dirigées à l’encontre de la population asiatique, notamment l’insulte « stinkchinees », entendez par là « chinois puants ». Au sein des différents médias sont relatés des incidents comme en Estonie où une femme d’origine malaisienne s’est vu insulter en prenant le tramway. « Toi chinoise, dégage, tu nous ramènes le corona3» (traduction propre).

De l’autre côté de l’Atlantique, la communauté asiatique aux États-Unis n’est pas en reste. En effet, la pandémie a entraîné une vague d’agressions verbales, voire physiques. Le site « Stop AAPI4 Hate » a été mis en place par des ONG permettant de répertorier les différents témoignages. D’après le journal Le Monde, 1135 signalements furent enregistrés en deux semaines5.

3. … à l’agression physique

En début d’année en Pologne un groupe d’étudiants chinois a été agressé pour avoir, selon eux, « répandu l’épidémie6 ». C’est un exemple parmi d’autres d’actes dirigés à l’encontre de la population d’origine asiatique. En Italie, un serveur originaire des Philippines a aussi été agressé dans un bus et blessé au visage car considéré comme « un Chinois apportant le Coronavirus ».

Pour ce qui est de la France, en février dernier une jeune adolescente française d’origine vietnamienne a subi une agression qui a donné lieu à une ITT. Le même mois, un jeune homme sortant d‘une boite de nuit, toujours d’origine asiatique, a été roué de coups, son agresseur lui ordonnant de « rentrer dans son pays avec son coronavirus7». Des événements de la même nature ont eu lieu à divers endroits, notamment à Berlin8.

Aux Etats-Unis, le 14 mars, une famille asiatique a été victime d’une agression au couteau dans un supermarché de Midland au Texas9 .

4. Les conséquences en termes d’accès aux soins et aux services

En ce qui concerne l’accès aux soins, l’association allemande Adis de Tübingen, spécialisée dans la lutte contre les discriminations, indique que des personnes d’origine asiatique se sont vu refuser l’accès aux cabinets médicaux ou aux magasins. Selon l’association « la peur du virus corona, cependant, ne justifie jamais les attributions et exclusions racistes basées sur une origine attribuée à des caractéristiques externes ». Toujours en Allemagne, l’agence fédérale d’anti-discrimination a dit avoir reçu diverses plaintes : le refus d’un médecin pour/de traiter un patient d’origine chinoise, le refus d’un propriétaire de louer son appartement à un étudiant asiatique pour nulle autre raison que ses origines, et enfin un propriétaire d’épicerie qui a refusé l’entrée de sa boutique aux touristes chinois.

Du côté de l’Estonie, une clinique a tout bonnement suspendu les soins dentaires aux patients chinois10.

Un autre service a posé aussi problème, l’accès à l’éducation pour les personnes originaires d’Asie. Le conservatoire De Santa Cecilia de Rome a suspendu les cours pour les étudiants d’origine chinoise, coréenne et japonaise et cela jusqu’à ce qu’ils passent un examen médical11.

5. Et les médias dans tout ça ?

Le sensationnalisme oui, mais à quel prix ? Le danger ici est celui de pointer du doigt des boucs-émissaires et de leur faire porter seuls le poids et la responsabilité de la pandémie. Par exemple, Der Spiegel, grand hebdomadaire allemand, avait en février pour couverture : « Coronavirus. Made in China ». De la même manière, des journaux français, danois et irlandais ont publié des images similaires.

Pire encore, en janvier, un blogueur letton a déclaré dans une vidéo à propos d’une personne chinoise arrivée illégalement que ce dernier devrait être « liquidé, le pays entier devrait l’être […] ». Accusé d’incitation à la haine, il fut arrêté le jour même12.

Fin janvier 2020, le journal Le Courrier Picard a présenté ses excuses après la publication d’un titre de une où l’on pouvait lire « Alerte jaune» et d’un éditorial intitulé « Le péril jaune ? » pour traiter de l’actualité du Coronavirus. Les termes « jaune » et « péril jaune » font historiquement allusion à des clichés racistes ciblant la communauté asiatique. Ce stéréotype du « péril jaune », développé au XIXe siècle, avait pour but de prévenir le danger de voir les peuples d’Asie gouverner le monde. L’utilisation de ces termes, jugés obsolètes et racistes, a choqué sur les réseaux sociaux.

B) Racisme envers les chinois en Asie

A travers le monde c’est un racisme dirigé vers la communauté asiatique qui a pris de l’ampleur, mais en Asie ce ressentiment vise en majeure partie la population chinoise. A Hong Kong, la chaîne de restaurant Kwong Wing Catering a affirmé dans un post Facebook qu’elle ne servirait plus les clients mandarins et qu’elle se limiterait à servir les anglophones et cantonais par mesure de sécurité. Encore plus choquant que l’annonce en elle-même, la réaction à cette annonce sur la page Facebook : selon le journal the Lancet13, le post « a recueilli les troisièmes réactions et interactions les plus favorables depuis la création de la page Facebook en septembre 2019 ». A Hong Kong, le ressentiment à l’égard de la population chinoise n’est pas seulement le fruit de la pandémie et du retard dans l’intervention du gouvernement dans la gestion de cette crise, mais résulte également de la tension politique qui existe entre la Chine et Hong Kong, qualifiée de région administrative spéciale chinoise, et qui désire acquérir depuis longtemps son indépendance. La pandémie ne serait donc, en partie, qu’un prétexte pour pouvoir s’éloigner de l’emprise de l’État chinois.

C) Mobilisation anti-raciste

Le constat fait précédemment sur la recrudescence du racisme anti-asiatique en Europe peut être également fait dans d’autres endroits du monde comme aux États-Unis. En réponse à cela une contre-attaque nommée « la haine est un virus » a été lancée par les jeunes américains de la communauté asiatique via les réseaux sociaux. D’autant plus que la vague de haine aux États-Unis n’est pas tempérée par l’attitude de l’ancien président Donald Trump qui n’a eu de cesse que d’exacerber les tensions, notamment via l’utilisation de l’expression « virus chinois ». On note l’existence d’autres initiatives similaires, comme la campagne « I am not a virus » qui aurait débuté en France avec le #JeNeSuisPasUnVirus14, initiative suivie dans d’autres États dont l’Autriche, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne.

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Pour aller plus loin:

 

1 « ‘Stinkchinees!’ Dit is wat Chinese Nederlanders naar hun hoofd geslingerd krijgen sinds het uitbreken van het coronavirus », EenVandaag Opiniepanel, 13 février 2020, disponible sur : https://eenvandaag.avrotros.nl/panels/opiniepanel/alle-uitslagen/item/stinkchinees-dit-is-wat-chinesenederlands-naar-hun-hoofd-geslingerd-krijgen-sinds-het-uitbreken/

2 « Verein: Diskriminierung asiatischstämmiger Menschen nimmt zu », Welt, 5 mars 2020, disponible sur : https://www.welt.de/regionales/baden-wuerttemberg/article206348163/Verein-Diskriminierungasiatischstaemmiger-Menschen-nimmt-zu.html?wtrid=onsite.onsitesearch

3 « Tallinnas elav Malaisia neiu langes trammis koroonahirmu tõttu rassistlike rünnakute alla » par Lennart

JAAmer, Maaleht, 28 février 2020, disponible sur : https://maaleht.delfi.ee/uudised/tallinnas-elav-malaisia-neiulanges-trammis-koroonahirmu-tottu-rassistlike-runnakute-alla?id=89077351

4 « AAPI » = Américains d’origine asiatique et du Pacifique

5 « Coronavirus : aux Etats-Unis, les Asiatiques, victimes de discrimination, contre-attaquent » dans Le Monde (site web), jeudi 9 avril 2020 par Corine Lesnes, disponible à :

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/09/coronavirus-aux-etats-unis-victimes-dediscrimination-les-asiatiques-contre-attaquent_6036105_3210.html

6 « Atak na studentów z Chin! Wszystko przez koronawirusa », FAKT24, 10 mars 2020, disposnible sur : https://www.fakt.pl/wydarzenia/polska/trojmiasto/studenci-z-chin-zaatakowani-na-awf-w-gdansku-poszlo-owirusa/69pk7l6#slajd-1

7 « Coronavirus : ce qu’ont dit les services de renseignements à Macron », par Aziz Zemouri, Audrey Freynet et Marc Leplongeon, Le Point, le 28 février 2020, dispoible sur : https://www.lepoint.fr/societe/coronavirus-ce-quont-dit-les-services-de-renseignements-a-macron-28-02-2020-2364942_23.php#

8 « Chinesische Botschaft in Berlin bekalgt Rassismus », Der Tagesspiegel, 5 février 2020, disponible sur : https://www.tagesspiegel.de/berlin/wegen-coronavirus-chinesische-botschaft-in-berlin-beklagtrassismus/25508828.html

9 « Coronavirus : aux Etats-Unis, les Asiatiques, victimes de discrimination, contre-attaquent » dans Le Monde (site web), jeudi 9 avril 2020 par Corine Lesnes, disponible à : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/09/coronavirus-aux-etats-unis-victimes-dediscrimination-les-asiatiques-contre-attaquent_6036105_3210.html

10 « Liisa Pakosta: Hiinlasi me ei teeninda ja ukrainlane meie kooli ei tule », Eesti Päevaleht, 11 February 2020

11 « Coronavirus: la psicosi apre le porte al razzismo », dans Cronache di ordinario razzismo, 5 février 2020, disponible à : http://www.cronachediordinariorazzismo.org/coronavirus-la-psicosi-apre-le-porte-al-razzismo/

12 « Valsts policija par nacionālā un etniskā naida izraisīšanu aiztur vīrieti », State police (Valsts policija), 3 February 2020, disponible à : http://www.vp.gov.lv/?id=69&said=69&yrId=2020&relid=16828

13 « Anti-Chinese sentiment during the 2019-nCoV outbreak », 12 février 2020, disponible à :

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30358-5/fulltext

14 BBC news, Coronavirus: French Asians hit back at racism with ‘I’m not a virus’, available at: https://www.bbc.com/

news/world-europe-51294305

Violences faites aux femmes : d’une épidémie à l’autre

De Nouria YAHI BOGGIO, ancienne directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité de la région Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine et bénévole Licra Bas-Rhin

Si la pandémie de la Covid -19 affecte tous les segments de la population, tous les secteurs de l’économie, dans tous les pays, ses répercussions exacerbent durement les inégalités femmes-hommes et mettent en péril les droits des femmes.

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La crise épidémique que nous vivons a déclenché de fortes tensions à la fois politiques, économiques et spirituelles.

Elle révèle par ailleurs des violences de vie comme la pauvreté, l’exclusion, l’isolement…

A terme, les femmes, les jeunes et certaines catégories de personnes retraitées seront touchés de manière disproportionnée.

Mais d’emblée, certaines inégalités explosent et rendent les femmes de plus en plus vulnérables !

L’ONU Femmes, dans un rapport de septembre dernier intitulé From Insights to Action: Gender Equality in the Wake of COVID-19, alerte que la crise de la Covid-19 va considérablement augmenter le taux de pauvreté des femmes et creuser l’écart entre les hommes et les femmes vivant dans la pauvreté. La pandémie plongera 47 millions de femmes et de filles supplémentaires sous le seuil de pauvreté, soit une augmentation de presque 10% du taux de pauvreté des femmes. Cela pourrait compromettre des progrès réalisés au cours des trois dernières décennies par exemple en terme d’égalité professionnelle, de parité et des droits sociaux, sexuels et reproductifs…

La France n’est pas épargnée : Les femmes sont aujourd’hui en France déjà les plus touchées par les risques de précarité économique :

– 70% des temps partiels,

– 62% des emplois non qualifiés,

– salaires inférieurs de 25%,

Elles représentent 67% des travailleurs pauvres.

Cette précarité est particulièrement vécue par les mères de famille monoparentales ; plus d’un quart vit sous le seuil de pauvreté, soit un million de femmes.

La pauvreté est une accumulation de discriminations. Elle fait basculer dans l’insécurité.

Source d’isolement social, elle peut alors favoriser certains facteurs aggravant l’augmentation des violences familiales et intrafamiliales dont les victimes sont majoritairement les femmes et les enfants.

Cette période de tensions sanitaires et économiques souligne, sous une forme plus aiguë, des inégalités qui existaient, dont l’une des principales est l’inégalité de genre. Elle met en lumière le fléau des violences sexistes et sexuelles.

Toutefois, l’épidémie sanitaire comme la pauvreté ne sont pas seules responsables de la mise à mal des valeurs qui sauvegardent les libertés, à savoir le respect de la dignité humaine, la non-discrimination, la tolérance et essentiellement les droits fondamentaux comme ceux des droits des femmes.

Les violations des droits fondamentaux persistent dans de nombreux pays et témoignent de l’inquiétant recul des droits des femmes.

Dans certains pays, à la faveur de contextes politiques de plus en plus conservateurs, des lois perpétuent la soumission et l’exclusion des femmes et des jeunes filles. Dans d’autres, c’est le viol qui se répand comme une arme de guerre utilisée en toute impunité. Et bien qu’interdites par le droit international, les mutilations sexuelles féminines se pratiquent encore dans des dizaines de pays !

Les violences subies par les femmes constituent l’une des violations des droits humains les plus répandues dans le monde.

-130 millions de femmes ont subi une mutilation génitale.

-Chaque année, 2 millions de femmes et fillettes viennent grossir les rangs des 130 millions de femmes ayant subi des mutilations génitales !

En France en moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui, au cours d’une année, sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint, est estimé à 213 000 femmes.

À la maison ou dans la rue, en temps de guerre ou de paix, des femmes du monde entier continuent à subir des discriminations. Elles sont victimes de violences, d’abus, d’atrocités ou d’interprétations abusives de règles religieuses ou coutumières.

Parce que les droits des femmes ne sauraient souffrir d’aucune forme de relativisme culturel, quel qu’en soit le prétexte, Boutros Ghali quand il était secrétaire général de l’ONU dénommait « les droits des femmes comme socle commun de l’Humanité, l’irréductible humain, ce qui n’est pas négociable. »

Heureusement que de nombreuses femmes avec des visions fortes du monde et de l’humanité construisent jour après jour des remparts contre la pauvreté, les violences, et la haine.

Elles sont de plus en plus nombreuses de par le monde à faire entendre la voix de la paix contre celle de l’épée. Elles s’opposent aux mutismes forcés de la victime et du témoin impuissant !

Les droits des femmes n’ont pas été octroyés par tel ou tel pouvoir politique quel qu’il soit, ils résultent des combats menés par des militantes féministes. Ces luttes ont pu se construire car les femmes n’ont pas démarré de rien : l’histoire est jalonnée de formes de résistance de femmes refusant d’être infériorisées. Ces résistances ne se sont pas posées comme des revendications construites, mais simplement comme une volonté d’exister pleinement, voire de pouvoir exercer certains talents.

Parce que nulle part les droits des femmes ne sont définitivement acquis, de la rue aux réseaux sociaux, le féminisme poursuit son combat contre un problème systémique : le sexisme.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». Simone De Beauvoir

Les 250 ans de la naissance de Beethoven (1770 – 2020)

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Nous célébrerons en 2020 le 250e anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven.

32 sonates, 9 symphonies, un opéra, des concertos et quelques bagatelles : son œuvre est parfois méconnue, mais il fait partie, avec Mozart et Haydn, du trio de la musique viennoise. C’est à Bonn, en Allemagne, que le jeune Ludwig fait ses classes de piano sous la férule de son père, qui voudrait en faire un nouveau Mozart, au point de rajeunir l’âge de son fils sur des programmes de concert. Il est allemand de naissance et autrichien d’adoption, car c’est à Vienne qu’il a fait carrière.

Après sa 9e symphonie, il aurait amorcé l’écriture d’une 10e et affirmait, juste avant sa mort, en avoir des ébauches. Un musicologue anglais s’en est servi pour tenter de reconstituer un premier mouvement de 15 minutes. Désormais, les Allemands ont confié la composition de l’œuvre à l’intelligence artificielle.

Pour célébrer cet anniversaire, Sophie Rosenzweig, bénévole à la Licra Bas-Rhin et envoyée spéciale à ARTE, nous offre cette superbe et émouvante vidéo.

https://youtu.be/mCGCO-Mc-00

Journées FARE : du 19 au 23 octobre 2020

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Les semaines Football People constituent la plus grande campagne européenne de lutte contre les discriminations et de promotion de la diversité dans le football. Notre objectif est de rassembler plus de 100 000 personnes engagées dans des événements et ce dans plus de 50 pays.

Ces semaines sont organisées par FARE network, une ONG européenne et en France avec le soutien de la LICRA, coordinateur national pour la France.

Les 19 et 21 octobre, la LICRA Bas-Rhin s’est rendue au FC KRONENBOURG durant le stage Futsal avec pour objectif de sensibiliser les jeunes joueurs de football  (20 enfants âgés de 6 à 10 ans).

Le premier jour les débats ont porté sur le racisme et notamment le sexisme dans le sport en présence d’une jeune joueuse du Racing Club de Strasbourg.

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Le deuxième jour, l’intervention s’est déroulée par groupe de 9. D’une part, les discussions ont porté sur les préjugés et stéréotypes après projection de courtes vidéos sur le sujet. D’autre part, les enfants ont répondu à un quizz durant lequel ils ont été amenés à exprimer leur opinion et leur vision sur certains préjugés, avec la possibilité ensuite de participer à l’élaboration d’un tableau symbolisant nos rencontres.

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Lors de la dernière journée, nous avons conviés les jeunes sportifs à la projection de Billy Eliot à l’Odyssée. Le but étant de continuer à débattre sur les questions de genre, à la mesure d’enfants de cet âge. La semaine s’est terminée par un repas en commun.

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Un grand merci à tous les bénévoles impliqués pendant cette semaine FARE et à nos stagiaire et bénévole du service civique, Elise et Yann.

Epidémie de COVID-19 aux Etats-Unis : un énième exemple des inégalités subies par les afro-américains

Des jeunes militant.e.s de la Licra Bas-Rhin ont mené des recherches et rédigé des articles pour étudier l’impact de la crise sanitaire liée à la Covid-19 sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations. Aujourd’hui nous commençons leur publication, avec un article sur les Etats-Unis, les inégalités sociales et la population afro-américaine à partir d’un texte de Houda Elmamouni.

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Synthèse

Si on s’intéresse à la pandémie de COVID-19 aux Etats-Unis, on constate que les afro-américains sont bien plus touchés que le reste de la population américaine. Les données chiffrées publiées par l’Université Johns-Hopkins montrent en effet que la COVID-19 affecte de façon disproportionnée la population afro-américaine. Le but de cet article est de tenter d’expliciter ce phénomène. Les facteurs explicatifs de ces disparités sont en réalité à mettre en lien avec les inégalités sociales que subissent d’ores et déjà les afro-américains. Dès lors, il nous apparaît que l’épidémie de COVID-19 ne fait que confirmer et souligner un bilan malheureusement déjà dressé de nombreuses fois. Ne nous limitant pas à cet amer constat, nous avons entrepris de développer le détail des solutions envisageables selon les professionnels.

1. Un constat : une communauté plus touchée

« Historiquement, quand l’Amérique attrape un rhume, l’Amérique noire attrape une pneumonie » – Déclaration de Demetrius Young, commissaire d’Albany.

L’Université Johns-Hopkins a récemment publié une étude qui met en lumière la manière dont la COVID-19 affecte de façon disproportionnée la population afro-américaine. L’exemple le plus flagrant en est sans doute les résultats obtenus dans le comté de Milwaukee. Les afro-américains y représentent 26 % de la population et 73 % des morts suite à la COVID-19. A Chicago 67% des personnes décédées sont issues de la population afro-américaine alors même qu’ils ne représentent qu’un tiers de la population totale. De plus, dans cette ville les décès sont concentrés dans cinq quartiers du South Side. [1].

Aux Etats-Unis, contrairement à la France, les statistiques ethniques sont autorisées mais tous les États n’ont pas signalé le nombre de décès liés à la COVID-19 par ethnie. Afin d’y remédier, le 27 mars 2020, plusieurs démocrates (des membres du congrès et sénateurs), des avocats membres du Lawyers’ Committee for Civils Rights Under Law [2] (ci-après le comité d’avocats) et des médecins ont réclamé, au sein de différents courriers adressés au département de la santé, la collecte et la publication des données sur les disparités en matière de santé en fonction de l’ethnie [3]. L’idée est de pouvoir adapter la stratégie de santé publique en fonction des résultats, de garantir à ces populations plus touchées un accès aux tests et traitements. Toujours selon le comité d’avocat, l’administration Trump a fait preuve d’un « manque alarmant de transparence et de données » ce qui a empêché « les responsables de la santé publique de comprendre le plein impact de cette pandémie sur les communautés noires et les autres communautés de couleur ».

De manière plus globale, l’Université Johns-Hopkins précise[4] que l’analyse des données démographiques de recensement montre que les comtés majoritairement noirs ont un taux d’infection trois fois supérieur et un taux de décès six fois supérieur à celui des comtés où la population majoritaire est blanche. La conclusion est sans appel, la communauté noire développe de manière plus récurrente la COVID-19 et en meurt de façon disproportionnée par rapport à la communauté blanche.

2. Les raisons :

L’université Johns-Hopkins a identifié cinq facteurs de risque, sociaux ou économiques, augmentant la probabilité d’infection chez les individus afro-américains [5].

  • Vivre dans des logements surpeuplés

Selon Sherita Hill Golden, vice-présidente et cheffe responsable de la diversité à l’Université Johns-Hopkins « les conditions de vie surpeuplées sont un défi difficile qui est le résultat de la ségrégation résidentielle raciale de longue date et des politiques de redlining [6] antérieures ». Ainsi, elle rappelle logiquement qu’il « est difficile pour dix personnes vivant dans un appartement de trois pièces de prendre une distance sociale appropriée ». Ces derniers résident souvent dans des zones pauvres où la densité de logement est élevée [7].

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  • Travailler dans des domaines essentiels

Tout individu travaillant dans des domaines tels que les services alimentaires, le secteur des transports et les soins de santé ne peut pas effectuer de télétravail. Ils sont en première ligne car en contact étroit avec la population.

  • L’existence de maladies chroniques

Une étude [8] citée par les centres américains pour le Contrôle et la Prévention des Catastrophes montre qu’environ 90 % des personnes hospitalisées, car atteintes gravement de la COVID-19, souffraient d’au moins une affection médicale telle que le diabète, les maladies cardiaques, l’hypertension ou les maladies pulmonaires. Selon Sherita Golden, les personnes de couleur ont un accès limité aux aliments sains et sont donc plus susceptibles de contracter ces maladies. Ces taux plus élevés de diabète, de maladies cardiaques et de maladies pulmonaires chez les afro-américains sont bien documentés mais jamais une pandémie n’aura autant mis en lumière ces disparités.

  • Le manque d’accès aux soins de santé par absence d’assurance ou par sous-assurance

Ces personnes sont dans l’impossibilité de gérer leurs problèmes de santé au quotidien, ils ne peuvent se rendre chez le médecin, ni obtenir les médicaments nécessaires. Identifier, suivre et traiter cette maladie chronique, réduit le risque de décès de la COVID-19. En effet, un patient atteint de diabète ou d’asthme mal traité est plus à risque. De plus, ces populations vivent le plus souvent dans des lieux où les établissements de santé sont inadéquats. Enfin, la discrimination et la marginalisation de ces populations les a rendues méfiantes à l’égard du système de santé, ainsi elles sont moins enclines à avoir recours à des soins quand il le faudrait.

  • Le stress et l’immunité

Toujours selon Sherita Golden, des études ont prouvé que le stress a un effet physiologique sur la capacité du corps à se défendre contre la maladie. Elle met donc en avant des facteurs comme « l’inégalité des revenus, la discrimination, la violence et le racisme institutionnel » qui, selon elle, « contribuent au stress chronique chez les personnes de couleur qui peuvent épuiser l’immunité, ce qui les rendrait plus vulnérables aux maladies infectieuses ».

Il faut ajouter à tout ceci les facteurs économiques qui jouent un rôle important. Les travailleurs aux faibles revenus seront moins susceptibles de quitter leur travail pour rester en confinement .A noter que l’ensemble de ces facteurs se combinent souvent chez la population afro-américaine, ce qui ne fait qu’accroître les risques.

3. Les possibilités de solutions

Face aux résultats de ces différentes études, l’université Johns-Hopkins dresse une liste des mesures qui, selon elle, permettraient de lutter contre cette disparité.

Il faut distinguer, d’une part, les mesures telles que « l’établissement de politiques de logement équitable, l’amélioration des possibilités d’emploi et la prise d’autres mesures pour atténuer les inégalités économiques » qui profiteraient aux populations afro-américaines dans le cas d’un nouvel épisode d’urgence sanitaire, et d’autre part, les mesures qui peuvent être prises dès à présent touchant à la manière dont la population est informée des mesures de distanciation sociale. Selon Sherita Golden, la manière dont est donnée l’information peut faire la différence. L’utilisation des réseaux sociaux, la traduction des messages en plusieurs langues, la prise en compte du niveau d’alphabétisation et des différences culturelles sont autant de facteurs qui peuvent contribuer à effacer ces disparités.

Les disparités en matière de santé auprès des communautés noires sont un problème qu’on ne peut nier aux États-Unis, pour y remédier le pays a besoin d’un déclencheur. La COVID-19, au-delà d’être un révélateur de ces disparités, est en quelque sorte une opportunité pour les gouvernants d’agir pour pouvoir affronter les prochaines crises plus sereinement.

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[1] « Chicago’s coronavirus disparity: black Chicagoans are dying at nearly six times the rate of white residents, data show. » par Reyes C, Husain N, Gutowski C, St Clair S, Pratt G, Chicago Tribune le 7 avril 2020. Disponible à l’adresse suivante :https://www.chicagotribune.com/coronavirus/ct-coronavirus-chicago-coronavirus-deaths-demographics-lightfoot-20200406-77nlylhiavgjzb2wa4ckivh7mu-story.html

[2] Ce comité est un organisme qui cible les inégalités dont sont vicitmes les afro-américains et d’autres minorités ethniques.

[3] Lettre d’un groupe de législateurs démocrates adressée au département de la santé et des services humains datant du 27 mars 2020, disponible à l’adresse suivante : https://www.warren.senate.gov/imo/media/doc/2020.03.27%20Letter%20to%20HHS%20re%20racial%20disparities%20in%20COVID%20response.pdf

Voir également la lettre du Lawyers’ committee for civils rights under law datant du 6 avril 2020, disponible à l’adresse suivante : https://lawyerscommittee.org/wp-content/uploads/2020/04/DHHS-Letter-COVID-19.pdf

[4] « The coronavirus is infecting and killing black Americans at an alarmingly high rate », The Washington Post, 7 avril 2020, par Reis Thebault, Andrew Ba Tran et Vanessa Williams. Disponible à l’adresse suivante : https://www.washingtonpost.com/nation/2020/04/07/coronavirus-is-infecting-killing-black-americans-an-alarmingly-high-rate-post-analysis-shows/?arc404=true

[5] « Coronavirus in African Americans and Other People of Color », University Johns-Hopkins, posté le 20 avril 2020 disponible à l’adresse suivante : https://www.hopkinsmedicine.org/health/conditions-and-diseases/coronavirus/covid19-racial-disparities

[6] Le redlining est une pratique discriminatoire consistant à refuser ou limiter les prêts aux populations situées dans des zones géographiques déterminées

[7] « COVID-19 and African Americans » par Clyde W. Yancy, 15 avril 2020, disponible à l’adresse suivante : https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2764789

[8] « Hospitalization Rates and Characteristics of Patients Hospitalized with Laboratory-Confirmed Coronavirus Disease 2019 » — COVID-NET, 14 States, March 1–30, 2020 https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/69/wr/mm6915e3.htm?s_cid=mm6915e3_w

Les Ecrans de la Fraternité

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Les Ecrans de la Fraternité : engager un dialogue franc et ouvert pour le vivre ensemble

Un cycle de films, de témoignages et de débats proposé par la Licra Bas-Rhin autour des questions de lutte contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de discriminations, en partenariat avec le cinéma l’Odyssée.

Pour la Licra Bas-Rhin, la Culture et l’Education sont des remparts irremplaçables contre l’ignorance, les discriminations et les extrémismes politiques et religieux. L’association affirme que la solidarité, l’égalité, l’ouverture, la justice sociale, le respect de l’autre, la laïcité sont les valeurs qu’il s’agit de continuer à défendre. Nous partageons l’immense espoir et la conviction que la culture participe à l’accomplissement de l’être humain, à l’émancipation de sa condition et à l’expression des libertés auxquelles nous sommes irrémédiablement attachés.

Cette initiative propose une vision de la culture qui unit et rassemble avec des rencontres avec les acteurs, les structures et les associations engagés dans la défense du vivre ensemble.

Les Ecrans de la Fraternité vont à la rencontre des publics pour promouvoir l’éducation à l’image, l’analyse critique et le débat citoyen.

Il s’agit d’une action culturelle engagée en direction du grand public mais aussi et surtout des jeunes publics, qui souhaite promouvoir un dialogue franc et ouvert autour des questions de racisme, d’antisémitisme et des discriminations.

Principes et fonctionnement

A travers une sélection de films ou de documentaires, une projection et une série d’initiatives qui précèdent et suivent la projection, Les Ecrans de la Fraternité veulent encourager auprès des spectateurs l’expression du discours antiraciste et la mobilisation contre le discours de haine et les préjugés. Il s’agit :

• d’éduquer à la lutte contre les préjugés et les stéréotypes et contre toutes formes de racisme,

• d’éveiller aux dérives du relativisme, de la rumeur, de l’obscurantisme et de la théorie du complot,

• de développer et encourager l’esprit critique,

• de cultiver la tolérance et l’enrichissement mutuel,

• de promouvoir le vivre-ensemble et une société solidaire et fraternelle.

Des pistes et séquences pédagogiques sont proposées afin de répondre aux besoins des équipes enseignantes pour accompagner et susciter des activités de réflexion chez les jeunes publics, dans le cadre de séances scolaires. Lire la suite